Médiation théâtralisée pour Charles l'Opéra
Retour d’expérience sur une action de médiation culturelle
menée dans le cadre de l’événement Charles l’Opéra.
Une création originale présentée au public pour commémorer
les 550 ans des batailles de Grandson et Morat durant l’été 2026.
Il est encore temps de vivre l’aventure. Plus d’infos ici.
La médiation culturelle en action
« Vous venez d’où ? »
La question paraît anodine. Pourtant, à Grandson, avant les représentations de Charles l’Opéra, elle prenait une toute autre dimension.
« De Lausanne. »
« De Neuchâtel. »
« D’Yverdon. »
« De France voisine. »
Alors le personnage reprenait :
« Ah ! En ce cas, en ce début d’année 1476,
vous êtes sujet de la Maison de Savoie… » ou
« Vous êtes l’un de ces redoutables Confédérés dont tout le monde parle ! »
Et, soudain, l’Histoire cessait d’être un récit lointain.
Elle devenait une expérience à vivre.
Faire entrer le public dans l'Histoire
Pour accompagner Charles l’Opéra, un dispositif original a été imaginé :
quatre à six comédien·ne·s-médiateur·ice·s accueillent le public avant le spectacle, puis le retrouvent durant l’entracte.
Ni guides en costume, ni personnages enfermés dans une reconstitution figée, ils·elles incarnent des hommes et des femmes du XVe siècle ayant existé (ou ayant pu exister) au temps des guerres de Bourgogne.
Une noble en fuite.
🌿Une herboriste savoyarde.
🧺Une vannière désargentée.
✝️Un moine bénédictin.
💎Une brocanteuse opportuniste.
🧵Une drapière flamande.
Leur point commun ? Ils racontent la grande Histoire à travers leur quotidien.
La petite histoire au service de la grande
Comment soigne-t-on une blessure de guerre avec des plantes médicinales ?
Que mange un soldat en campagne ?
Quelle place tient la religion ?
Pourquoi les Bernois sont-ils perçus comme des pillards
par les habitants du Pays de Vaud ?
Que devient une broche arrachée à un noble blessé sur un champ de bataille ?
Autant de questions qui permettent d’aborder des enjeux historiques complexes sans passer par un cours magistral.
La médiation théâtralisée ne cherche pas à transmettre une somme de connaissances. Elle cherche à susciter la curiosité. À créer une rencontre. À donner envie de comprendre.
De spectateur à témoin
Dans cet espace fictionnel, les spectateur·ice·s deviennent des interlocuteur·ice·s.
Ils·Elles sont invités à être actif·ve·s, à se mobiliser pour remettre un remède à un autre personnage, retrouver un objet perdu, transmettre un message ou simplement à prendre position.
À qui faut-il faire confiance ?
Les Confédérés sont-ils des libérateurs ou des envahisseurs ?
Charles le Téméraire est-il un visionnaire ou un homme dévoré par son ambition ?
Il n’y a souvent pas de bonne réponse.
Mais il y a des points de vue.
Et c’est précisément là que réside la richesse de cette approche : permettre à chacun d’éprouver la complexité du passé.
Une médiation vivante
L’un des défis majeurs de ce travail a été de trouver le juste équilibre entre rigueur historique et liberté de jeu.
Chaque personnage a fait l’objet d’un travail de documentation. Les biographies s’appuient sur des faits vraisemblables, les objets manipulés sont inspirés des usages de l’époque et les événements évoqués respectent la chronologie des guerres de Bourgogne.
Mais le théâtre apporte une autre dimension : celle de la relation.
Le public ne rencontre pas des dates. Il rencontre avant tout des êtres humains :
- Une femme inquiète pour son mari fait prisonnier.
- Un soldat fier de ses victoires.
- Une herboriste dans le doute : ses remèdes suffiront-ils à réparer les blessures infligées aux corps et aux âmes ?
Créer des ponts
Dans un contexte où certaines œuvres peuvent sembler intimidantes ou éloignées des préoccupations contemporaines, la médiation théâtralisée offre un chemin d’accès sensible.
Elle ne simplifie pas les contenus. Elle cherche à les rendre habitables, vivants.
Elle crée des ponts entre patrimoine, création artistique et expérience du public.
Et rappelle, peut-être, que derrière les grandes batailles se cachent toujours des destins individuels.
Des femmes et des hommes qui aiment, espèrent, doutent, négocient, trahissent, soignent ou survivent.
Bref, des êtres de chair et de sang.
Et c’est peut-être là que réside le véritable pouvoir du théâtre :
nous permettre, l’espace d’une rencontre, de reconnaître un peu de nous-mêmes dans ceux qui nous ont précédés.
Sophie Pasche, 3 juin 2026
En savoir plus
Retrouvez le reportage « Charles l’Opéra : du hardi au téméraire » tourné par La Télé le 12 juin 2026.
🎬 : https://latele.ch/emissions/info-vaud/info-vaud-s-2026-e-111?s=3
Un grand merci à Gregory Thoney avec qui j’ai eu le plaisir de concevoir cette action de médiation originale et d’imaginer des personnages « made in XVème ».
Merci à mes complices de jeu pour les chouettes interactions partagées.
Merci à toute l’équipe de Charles Opéra pour m’avoir embarqué dans l’aventure.